Crochet et surface hyperbolique

cummulus, une œuvre sculpturale de l’architecte Ciro Najle, se compose d’une série de panneaux en crochet de géométries variables. Certains panneaux sont simples et réguliers, d’autres affichent des formes organiques et ondulatoires qui rappellent des turbulences, des figures fractales s’intensifiant rapidement et la complexité mathématique.

Le crochet est un moyen idéal pour recréer certaines surfaces complexes présentes dans la nature, notamment la forme des nuages ​​qui a inspiré cette sculpture. En fait, cummulus n’est pas le premier exemple de ce type d’utilisation du crochet dans le monde de l’art et de la science. L’Hyperbolic Crochet Coral Reef (récif corallien hyperbolique au crochet) a été conçu et réalisé par l’Institute for Figuring et exposé à travers le monde, notamment au Smithonian Museum of Natural History de Washington et au ScienceLab de Dublin (une institution partenaire d’ArtScience). A l’origine de ce projet, un artiste travaillant avec l’I.F.F. qui avait remarqué que le crochet est un moyen idéal de modélisation des surfaces hyperboliques dans la mesure où il permet de reproduire la plupart des organismes composant un récif corallien.

Mais qu’est-ce qu’une surface hyperbolique ? C’est une surface dans laquelle tout point se trouve à l’origine d’une courbe concave partant dans toutes les directions, à l’opposé donc de la courbure que l’on observe à tout point d’une surface parfaitement sphérique.

Dans un premier temps, la notion de surface hyperbolique semble exotique, mais, à la réflexion, ce concept ne se limite pas aux mathématiques abstraites. Les surfaces hyperboliques se retrouvent partout dans la nature : une feuille de laitue, un corail-cerveau, un cumulus, etc. Ce n’est en rien surprenant : l’analogie entre la nature et les structures mathématiques est, depuis des siècles, une source d’inspiration pour les savants et les poètes.

Imaginez un petit cercle au crochet. Si l’on ajoute des rangs en augmentant le nombre de mailles à chaque tour, la surface commence naturellement à plisser. Lorsque le taux d’augmentation est constant, disons un point tous les deux tours, une surface hyperbolique régulière se forme.

La plasticité du crochet, sa capacité à former des surfaces complexes, ainsi que la force et la souplesse d’une pièce une fois achevée, en ont fait un choix naturel pour cummulus, qui se compose à la fois de surfaces planes et de surfaces courbes complexes, et exprime la légèreté et la majesté d’un nuage.

Pour souligner la relation entre les surfaces hyperboliques, le crochet et les surfaces visibles de cummulus, des modèles à plus petite échelle ont été réalisés pour cette exposition en utilisant différents taux d’augmentation des mailles : certains sont presque plans tandis que d’autres sont étroitement enroulés sur eux-mêmes. Si l’on déplie l’un de ces modèles, les motifs intérieurs se révèlent, puis le modèle retourne rapidement à sa structure d’origine une fois libéré.

                                                                                                                                                                                                                 — Sara Ferry

Sara Ferry vit à Cambridge, aux Etats-Unis, où elle se spécialise dans le développement d’aciers résistants à la corrosion destinés à des conceptions de réacteurs innovants, et à l’étude des propriétés physiques des fûts de confinement des déchets nucléaires. Elle est diplômée de physique et d’ingénierie nucléaire du MIT, où elle prépare actuellement un doctorat.
Elle s’intéresse à l’avenir de l’énergie à grande échelle, au théâtre, et au croisement entre art et technologie. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter uhliglab.scripts.mit.edu ou seferry.tumblr.com.

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Echantillons de crochet à différentes courbes réalisés par Marguerite Siboni.

Marguerite Siboni vit et travaille à San Fransisco. Elle est designer et experte en crochet. Elle est aussi élévè au MIT où elle étudie l’ingénierie mécanique et la création littéraire.  Pour l’expérience cummulus, Marguerite a fait des simulations et créations en crochet qui exprime le lien de la construction de l’œuvre avec la géométrie hyperbolique. www.margueritesiboni.com.

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