Insectes

Les coléoptères collecteurs de brume : un phénomène naturel qui inspire les technologies de captation d’eau

 

 

 

Certains types de coléoptères des régions les plus arides de l’Afrique côtière ont développé des procédés fascinants d’hydratation. A cet égard, on cite souvent le ténébrion du désert, un scarabée de couleur sombre qui, à première vue, est assez ordinaire.

Pourtant, lorsque la brume vient de la mer, ces insectes d’apparence commune rampent sur les crêtes des dunes de sable et exposent leur corps à l’air à l’aide de leurs longues pattes arrière qui s’apparentent à des échasses. La brume se condense alors sur leur carapace pour former de microgouttelettes qui coulent ensuite jusqu’à la bouche, fournissant ainsi l’eau dont ils ont besoin.

Le comportement de ces coléoptères a le même but que les voiles et capteurs de brouillard. Ces dispositifs collectent littéralement le brouillard de l’air, en le condensant, le transformant en eau liquide, le recueillant et le purifiant. Une technologie efficace de récolte de l’eau de brouillard serait particulièrement utile dans les zones qui connaissent d’importantes quantités de brouillard mais peu de précipitations et une difficulté d’accès à l’eau potable.

D’autres types de coléoptères, comme les stenocaras, n’ont pas ce comportement d’échassier mais utilisent également la brume ambiante pour se désaltérer. Ces coléoptères ont une carapace rainurée qui facilite les processus thermodynamiques de condensation. Chez cet insecte, l’eau condensée ne s’écoule pas directement dans l’orifice buccal, comme elle le fait avec d’autres espèces de coléoptères ; il l’ingurgite en allant la puiser dans les plis de sa carapace.

Les facteurs évolutionnistes entraînent souvent des adaptations spectaculaires permettant de vivre dans des milieux hostiles. Il n’est donc pas surprenant que des recherches récentes se penchent sur les coléoptères collecteurs d’eau.

C’est par exemple le cas de Shreerang Chhatre, un jeune doctorant du MIT, qui étudie les stenocaras dans le cadre de ses recherches sur l’optimisation des surfaces de captage de l’eau. L’une des caractéristiques les plus intéressantes de ces surfaces est de pouvoir canaliser l’eau et la condenser assez rapidement tout en ayant des propriétés hydrophobes empêchant l’eau d’être absorbée. Chhatre et son groupe du MIT ont donc développé une surface en forme de filet qui collecte efficacement l’eau de brouillard.

De grands défis restent évidemment à relever. Un groupe humain nécessite bien plus d’eau qu’un petit scarabée. Comment par exemple transposer à grande échelle les qualités de captation et de canalisation de la carapace de ces insectes ? Comment éviter que le vent n’assèche les gouttelettes de condensation avant qu’elles ne soient recueillies, ou qu’une tempête n’endommage les filets tendus le long d’une dune de sable ? Comment purifier l’eau recueillie pour la rendre potable ? La possibilité d’obtenir de grandes quantités d’eau potable dans les régions arides avec un apport minimal d’énergie reste cependant séduisante. La collecte d’eau de brouillard a déjà été réalisée avec succès dans de nombreuses régions, et avec l’avancée des techniques, il n’est pas difficile d’imaginer que ce processus puisse jouer un rôle important dans l’avenir.

— Sara Fery

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :